Recharge à 0,17 €/kWh au supermarché : le calcul face à votre prise
Le 5 octobre, sur les bornes de 22 kW de 330 centres E.Leclerc, le kilowattheure passe à 0,17 €. Sans abonnement, sans badge, sans obligation d’achat : c’est le tarif affiché. Il repasse symboliquement sous les 0,18 €/kWh que Lidl avait mis en avant le 18 septembre, trois semaines après les 0,19 € de Leclerc lui-même — une guerre des centimes qui se joue désormais sur les parkings, plus seulement à la pompe (Automobile Magazine, 2 octobre 2026).
L’annonce a de quoi séduire : 50 kWh remis dans une batterie pour 8,50 €, et « moins de 3 € aux 100 km » avancés par l’enseigne. Sauf que la vraie question n’est pas « est-ce moins cher qu’à la maison ? ». Elle est : combien de kilowattheures votre voiture récupère réellement pendant que vous faites vos courses, et combien ça vous coûte une fois le trajet et l’attente comptés. C’est exactement le calcul que ce tarif, tout seul, ne dit pas. On le pose ici, à votre place.
Ce que Leclerc annonce vraiment
Trois précisions, avant de comparer quoi que ce soit.
D’abord, l’offre ne concerne pas les bornes rapides. Les 0,17 €/kWh s’appliquent aux points de charge standards de 22 kW, en courant alternatif, sur l’offre Charge E-Lec. Une borne de recharge rapide en courant continu relève d’une autre structure tarifaire — à la minute, au kWh, parfois les deux — et n’entre pas dans cette grille.
Ensuite, le réseau derrière ce prix est loin d’être anecdotique : Charge E-Lec a été lancé le 30 janvier 2026, compte plus de 3 000 points de charge en France, et vise 10 000 points en 2030 pour un investissement supérieur à 200 millions d’euros. L’enseigne ajoute que la moitié du montant de la première recharge d’un nouveau client est reversée en tickets de caisse.
Enfin, le contexte : en septembre 2026, l’électrique a représenté 41,7 % des immatriculations de voitures particulières neuves en France, avec 65 247 véhicules immatriculés sur le mois, contre 22 % un an plus tôt (même source). Autrement dit, la recharge de parking de supermarché ne concerne plus quelques pionniers : elle touche des dizaines de milliers de foyers de plus chaque mois.
Le calcul d’une session de courses, posé à plat
Vous faites vos courses. Une heure, une heure et demie au maximum. Vous branchez, vous ressortez, vous débranchez. Combien d’électricité avez-vous récupéré, et à quel prix exactement ?
| Ce que la voiture récupère | Pendant | Facture à 0,17 €/kWh | La même énergie chez vous, en heures creuses (0,1589 €/kWh) | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 7,4 kWh | 1 h à 7,4 kW | 1,26 € | 1,18 € | 8 centimes |
| 11 kWh | 1 h à 11 kW | 1,87 € | 1,75 € | 12 centimes |
| 22 kWh | 1 h à 22 kW | 3,74 € | 3,50 € | 24 centimes |
Lisez la colonne de droite avant la dernière. Sur une session de courses ordinaire, l’écart entre le tarif Leclerc et votre tarif heures creuses se compte en centimes, pas en euros. Le prix au kilowattheure a changé d’un centime ; votre session, elle, bouge de dix à vingt centimes.
Et encore : ces 22 kWh de la troisième ligne supposent que votre voiture accepte vraiment 22 kW en courant alternatif, ce qui est rare. On y revient.
Pourquoi la borne 22 kW ne va pas deux fois plus vite
C’est le malentendu le plus coûteux de la recharge publique lente. Le chiffre inscrit sur la borne est une capacité maximale, pas une promesse. C’est le chargeur embarqué de votre voiture qui décide : une électrique limitée à 11 kW ne prendra jamais 22 kWh en une heure, même sur une borne capable de les fournir. Et le 22 kW en alternatif est très souvent une option payante, pas un équipement de série.
Prenons une batterie de 52 kWh, cas courant des citadines et compactes qui dominent les ventes aujourd’hui. Une charge de 20 à 80 % demande de remettre 31,2 kWh :
- à 7,4 kW (le format mural le plus répandu) : environ 4 h 13 de branchement ;
- à 11 kW : environ 2 h 50 ;
- à 22 kW : environ 1 h 25.
Retenez la première ligne. Une wallbox 7,4 kW posée chez vous fait le même travail qu’une borne publique affichée 22 kW qui ne vous délivre que 11 kW — la seule différence, c’est que vous n’avez pas à rester garé sur le parking d’un supermarché pendant deux heures cinquante pour obtenir une charge utile.
Ajoutez un détail que personne n’affiche : le rendement. Entre le compteur et la batterie, une partie de l’énergie part en chaleur dans le chargeur embarqué et le câble. Comptez de l’ordre de 10 % sur une charge en courant alternatif (ordre de grandeur, il dépend du véhicule et de la température). Pour vos 31,2 kWh utiles, vous en payez donc environ 34,7 : 5,89 € au supermarché, 5,51 € chez vous en heures creuses. Même rapport, même conclusion.
Chez vous, le kWh coûte-t-il vraiment plus cher ?
C’est là que le titre de l’annonce — « encore moins cher qu’à la maison » — mérite d’être regardé de près.
Au tarif réglementé en vigueur depuis le 1er août 2026, le kilowattheure est facturé 0,2001 € en option Base (compteur 6 kVA, abonnement 190,32 €/an) et 0,1589 € en heures creuses, contre 0,2142 € en heures pleines (grille Tarif Bleu, données vérifiées au 1er août 2026). Votre contrat peut différer — offre de marché, option Tempo, chauffage électrique — mais l’ordre de grandeur est celui-là.
Résultat, sur la base d’une consommation de 17 kWh aux 100 km (hypothèse de calcul, à ajuster à votre voiture : une citadine sobre descend vers 15, un SUV familial monte vers 18) :
| Coût aux 100 km | Coût sur 12 000 km/an (2 040 kWh) | |
|---|---|---|
| Supermarché à 0,17 €/kWh | 2,89 € | 347 € |
| Chez vous, heures creuses (0,1589 €) | 2,70 € | 324 € |
| Chez vous, option Base (0,2001 €) | 3,40 € | 408 € |
Le tarif Leclerc est donc moins cher que l’option Base — environ 61 € sur l’année — et plus cher que les heures creuses, de 23 € sur l’année, soit moins de 2 € par mois. Comparez ce gain à ce qu’il exige : ne recharger qu’au supermarché, uniquement pendant les heures d’ouverture, uniquement sur les 330 magasins concernés, et accepter de laisser la voiture branchée le temps de remplir un caddie. Pour 2 € par mois, la contrainte coûte plus cher que l’économie.
Le détour qui efface l’écart
Il reste une variable que les grilles tarifaires n’intègrent jamais : le trajet.
Prenons un cas simple, et hypothétique comme tout calcul de ce genre : vous habitez à 4 km du centre commercial et vous y allez uniquement pour charger. Huit kilomètres aller-retour, à 17 kWh aux 100 km, c’est 1,36 kWh consommé. Au tarif Leclerc, ces 8 km vous coûtent 0,23 € — presque le double de l’écart gagné sur une session d’une heure (12 centimes), et il faut y ajouter le temps du trajet.
Autrement dit : la recharge bon marché au supermarché n’a de sens énergétique que si vous y allez de toute façon, au moins une fois par semaine, et que vous restez assez longtemps pour récupérer une quantité utile de kilowattheures. Pour un foyer qui fait ses courses là où il recharge, c’est un bonus gratuit — et un vrai, puisque la voiture reste immobilisée de toute façon. Pour celui qui doit organiser un déplacement exprès, c’est une fausse économie, même avec le meilleur tarif de France.
C’est là toute la nuance : le prix au kilowattheure le plus bas ne fait pas la recharge la moins chère.
Ce qui, chez vous, vit dehors toute l’année
Reprenons le point de départ. Même à 0,17 €/kWh, la majorité de vos kilowattheures sera rechargée chez vous, la nuit, sans détour ni file d’attente. C’est là que se trouve votre vrai poste de dépense — et votre vrai risque matériel.
Votre wallbox, elle, ne bouge jamais. Elle encaisse la pluie battante, les cycles gel-dégel, les UV d’été, la poussière et les pollens, douze mois sur douze. Un indice de protection IP54 ou IP55 protège un boîtier neuf et correctement fermé : il ne protège ni le plastique de la façade, qui se ternit et devient cassant, ni les joints, que les alternances de gel et de dégel fatiguent bien plus vite qu’on ne le croit. Une enveloppe amovible, retirée pendant la charge, ajoute une barrière physique simple devant tout ça — la housse de protection wallbox couvre les formats muraux standards, monophasés comme triphasés, et se retire en quelques secondes avant de rebrancher. Ce n’est pas une réparation, c’est de la longévité achetée d’avance, sur un appareil qui coûte plusieurs centaines d’euros à remplacer.
Le geste qui abîme votre matériel : prise et câble sous la pluie
Deuxième zone exposée, celle que l’on ne regarde jamais avant qu’elle pose problème : le port de charge du véhicule. Une trappe restée ouverte sous la pluie, un connecteur posé dans une flaque, et c’est une charge qui commence mal le lendemain matin. Un cache de prise de recharge se pose pendant la charge et maintient le connecteur au sec — utile pour une voiture qui dort dehors, en allée ou sur un parking privatif non abrité.
Troisième zone, la plus banale : le câble. Laissé au sol entre deux recharges, il est écrasé par une roue, plié en angle, son connecteur traîne dans la terre. Un câble Type 2 de 5 mètres coûte couramment entre 80 et 150 € dans le commerce (ordre de grandeur) ; un support mural de câble Type 2 le garde en l’air, connecteur logé, pour le prix d’une poignée d’euros. Dix secondes de geste contre un remplacement, chaque hiver, chez ceux qui ont choisi de ne pas le faire.
Ces trois dépenses n’ont rien à voir avec la guerre des centimes sur les parkings. Elles portent sur le matériel que vous possédez, pas sur le kWh que vous achetez — et c’est précisément pour ça qu’elles se rentabilisent plus vite.
Ce qu’il faut retenir
Le passage à 0,17 €/kWh chez E.Leclerc est une bonne nouvelle pour qui fait ses courses dans un centre équipé : le kWh y est moins cher que l’option Base du tarif réglementé. Mais l’écart avec des heures creuses bien utilisées tient dans 23 € sur une année, soit moins de 2 € par mois, et il disparaît dès qu’il faut faire un détour exprès pour se brancher.
La conclusion utile tient en trois phrases. Optimisez d’abord votre contrat et l’heure de vos recharges : c’est là que se trouvent des dizaines d’euros, pas des centimes. Ensuite, cherchez le temps de charge perdu, pas seulement le prix affiché — une borne 22 kW qui ne vous délivre que 11 kW ne vous fait rien gagner. Enfin, protégez ce qui reste dehors : la borne, la prise, le câble. C’est le seul poste où quelques euros évitent des centaines.
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Questions fréquentes
La recharge à 0,17 €/kWh est-elle moins chère que ma recharge à domicile ?
Tout dépend de votre option tarifaire. Au tarif réglementé en vigueur depuis le 1er août 2026, le kWh coûte 0,2001 € en option Base et 0,1589 € en heures creuses. Les 0,17 € du supermarché sont donc sous l’option Base, mais au-dessus des heures creuses — soit, sur 12 000 km par an, un gain d’environ 61 € dans un cas et une perte de 23 € dans l’autre. Vérifiez votre grille avant de changer vos habitudes.
Puis-je vraiment charger à 22 kW si la borne l’affiche ?
Non, pas automatiquement. La puissance réelle dépend du chargeur embarqué de votre voiture. Beaucoup de modèles plafonnent à 11 kW en courant alternatif, et le 22 kW est souvent une option. Une borne 22 kW ne délivrera jamais plus que ce que le véhicule accepte, quelle que soit l’annonce sur le totem.
Combien de temps pour passer de 20 à 80 % sur une borne 22 kW ?
Pour une batterie de 52 kWh, il faut remettre 31,2 kWh : environ 1 h 25 si la voiture accepte réellement 22 kW, 2 h 50 à 11 kW, plus de 4 h si elle est limitée à 7,4 kW. C’est la raison pour laquelle ces bornes conviennent à un stationnement long — courses, cinéma, journée de travail — et non à une recharge d’appoint de dix minutes.
Faut-il recharger au supermarché pour que ça vaille le coup ?
Seulement si vous y allez déjà régulièrement et si la voiture reste branchée assez longtemps pour récupérer plusieurs kilowattheures. Un détour de 8 km aller-retour consomme à lui seul environ 1,36 kWh, soit davantage que l’écart gagné sur une session d’une heure. Le bon réflexe : charger quand le véhicule est immobilisé de toute façon, jamais spécialement pour ça.
Que faut-il protéger en priorité à la maison ?
Trois zones, par ordre d’exposition : le boîtier de la wallbox (UV, gel, pluie, toute l’année), le port de charge du véhicule (eau, gel, poussière si la voiture dort dehors), et le câble (écrasement, pliure, connecteur au sol). Une housse, un cache et un support couvrent les trois sans modifier l’installation électrique.
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